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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 23:51

Les Oulettes de Gaube et la Hourquette d’Ossoue – Jour 4

 

Randonnée effectuée le mercredi 8 juin 2011,

Météo : brouillard épais, neige à partir de 2500m.

Dénivelée positive = 1300m environ

Altitude mini : 1470m au parking du Pont d’Espagne

Altitude maxi : 2734m au niveau de la Hourquette d’Ossoue

Utilité des bâtons de marche : indispensables si enneigement, et fortement recommandés sinon !

Difficulté…

-          selon le topo-guide FFRandonnée « Les Hautes-Pyrénées… à pied » : difficile jusqu’aux Oulettes de Gauben l’Hourquette d’Ossoue est une variante supplémentaire en option.

-          selon le site Internet Pyrandonnées : difficile, accès au détail. 

-          selon moi : difficile à très difficile étant donné les conditions météo que j’ai eues.

Difficile du fait de la dénivelée et de la durée : 4h40 de montée et 4h de descente (mauvaises conditions météo comprises, et pauses non comprises).

Quelques difficultés particulières : montée un peu raide dès le départ, dur pour la mise en jambe. Et puis cette neige et ce brouillard à partir de 2500m.

 

 


 

 

Préambule :

Les panneaux du PNP (Parc National des Pyrénées) indiquent qu’il ne faut jamais partir seul en montagne.

Je peux comprendre, c’est un peu comme la plongée sous-marine que j’affectionne particulièrement, si un problème survient et que tu es seul, tu es très mal… mais je préfère voir les paysages de moi-même plutôt que de légumer dans mon salon, bien tranquille, sirotant je ne sais quelle boisson régionale… surtout que les itinéraires pyrénéens sont souvent empruntés… alors merci, fais pas ci, fais pas ça, me voilà prévenu, laissez-moi jouir de cette liberté qui m’est encore offerte.

 

 

Introduction :

Je préviens d’avance, ce ne sont pas les photos qui comptent ici, la météo était pourrie…

Je raconte ici une petite expérience personnelle dont j’aurai un impérissable souvenir.

 

 

La Randonnée :

Départ du parking du Pont d’Espagne, la montée commence, et je me demande si cela vient de moi, ou si la montée est vraiment raide… le retour me confirmera que cette première montée est franchement raide, c’est un peu dur pour la mise en jambe, mais aussi pour le retour pour une journée de 9h !!

 

Bref, ce passage ne dure pas non plus très longtemps, et la montée s’opère normalement dans un paysage superbe…mmh quoique… ça manque un peu de Soleil !

01-vers le lac de Gaube

 

02-vers le lac de Gaube

 

 

J’écrivais dans l’article précédent, sur la vallée du Lutour, que le brouillard donnait une dimension particulière et intéressante aux paysages… mais c’est ici très différent, le brouillard est bien trop dense... on ne voit plus rien au-delà de 100 ou 200m, pas facile à dire.

Donc…

Les sommets : peau d’balle.

Les cascades bien éclairées : oualou... J’en ai toute une liste comme ça…

 

Heureusement, des surprises m’attendent bien plus tard pour rendre cette randonnée mémorable…

 

Toujours sur le chemin du lac de Gaube, ces énormes roches plates et striées sont tout à fait surprenantes.

03-vers le lac de Gaube 

 

Arrive enfin le fameux lac de Gaube ! A 1725m d’altitude.

05-lac de Gaube

 

06-lac de Gaube

 

Je ne m’attarde pas, le paysage n’est pas sublimé par le Soleil absent, et les photos ne valent pas un clou de toute façon.

 

Peu de temps avant de rejoindre le refuge des Oulettes (Oulètes ?) de Gaube, on atteint un plateau qui semble ne pas vouloir accueillir le brouillard, la luminosité augmente, j’aperçois même le Soleil un peu blafard… et l’air s’est réchauffé c’est agréable.

 

07-plateau vers les Oulettes de Gaube

 

Je ne connaissais pas du tout l’endroit auparavant, et puis une vision… le brouillard s’efface un peu au sud, laissant apparaît le massif du Vignemale. Je suis alors subjugué par la hauteur de cette montagne qui se dresse d’un coup en face de moi !! L’effet aurait été moins important, je pense, si j’avais eu une visibilité bonne depuis le départ. J’en profite pour shooter.

 

08-massif du Vignemale

 

Et puis, l’arrivée au refuge des Oulettes de Gaube. Une petite pause s’impose devant ce massif.

 

09-massif du Vignemale

 

Réunion de chantier avec moi-même… très épais brouillard là-haut… j’ai traversé quelques névés il y a deux jours à 2400m, j’envisage d’aller à 2730m… et d’un commun accord avec moi-même je décide malgré tout de continuer jusqu’à la Hourquette d’Ossoue, et si possible le Petit Vignemale... au diable ce brouillard !

 

La montée continue par ce magnifique champ de cailloux à grimper…

 

10-vers la Hourquette d'Ossoue

 

Ensuite, l’eau ruisselle vraiment de partout si bien qu’elle emprunte très souvent le sentier… j’ai alors l’impression de faire du canyoning plus que de la randonnée… mais aucun problème, c’est très agréable, surtout en bonne compagnie !

 

11-vers la Hourquette d'Ossoue

 

Et arrive ce qui me pendait au nez, le fameux épais brouillard.

Ce n’est pas gênant tant qu’on reste sur le sentier, pas de possibilité de se perdre en théorie.

Je croise alors un groupe d’anglais qui m’indique qu’il y a de la neige plus haut : « soft », « no problem »… très bien, I trust them et je continue.

 

Des névés sont tout alentour, passage sur l’un deux… no problem en effet, et puis la montée continue toujours dans cet épais brouillard et il faut traverser des névés de plus en plus en longs… la neige prend bien souvent la place du sentier !!

 

Je m’engage donc dans les récentes traces de pas, faites par les anglais jusqu’au moment où… je ne vois plus aucune trace de pas, plus aucun cairn, et cela fait quelques minutes que le sentier a totalement disparu… nouvelle réunion avec moi-même, suis-je perdu ?…. Ah si, un cairn au loin (enfin 30m maxi), mais aucune trace de pas devant moi, je ne suis plus en confiance.

 

Mon GPS indique que je suis pourtant en plein sur le sentier, cela peut paraître rassurant mais pas tant que cela, ce fichu GPS risque d’ici 10 à 15mn  de tomber en panne de batterie. J’ai bien une carte et une boussole mais c’est complètement inutile dans ce brouillard…

 

Pas âme qui vive, je suis seul dans ce petit blizzard, et dans ce silence assourdissant…

Alors dans cet isolement total, je décide de me pauser quelques instants, filmer et photographier mon lieu de naufrage…

12-vers la Hourquette d'Ossoue

 

 

 

La question que je me pose est… mais qu’est-ce que je fous là…?

Des sentiments curieux me traversent l’esprit.

Je suis à 2550m d’altitude, encore un peu loin de la Hourquette d’Ossoue, et tant qu’il en est encore temps, je fais le choix de la sécurité me semble-t-il et décide de rebrousser chemin… entre déception et réalité….

… Jusqu’à la présence de nouvelles traces de pas bien fraîches, montant vers l’endroit que j’envisage… que j’envisageais… ? enfin je crois !

Nouvelle convocation en salle de réunion… descends… ? descends pas… ?

 

14-vers la Hourquette d'Ossoue

 

Je suis tiraillé par ces deux sentiments…

Celui de la bonne petite voix sur l’épaule : « allez, t’as bien profité, c’était sympa, redescends maintenant… tranquillement et sûrement » et celui du petit con sur l’autre épaule en me pointant l’Espagne si proche « Hé ! Dondé estan tu corones ? Vamos a la Hourquetta… ! »

Olé ! L’envie de remonter l’emporte au détriment de quel autre sentiment obscur. Je décide donc de suivre ces traces de pas qui coïncident à une vingtaine de mètres près avec mon signal GPS, que j’économise alors le plus possible.

Le brouillard est épais, et filtre franchement la lumière solaire, mais la neige reste éblouissante. J’enfile donc mes lunettes de glacier… l’ambiance devient jaune, et embuée… comme si j’avais besoin d’une couche de brouillard supplémentaire.

Je ne vois plus à 10m, ça se complique… et la montée s’annonce raide et laborieuse dans la neige.

 

 

C'est alors un défi sportif, mais aussi mental dans lequel je m'engage. 

 

 

Après avoir mesuré les risques, j’ai donc décidé donc de monter, et de suivre ces traces, il me reste 200m de dénivelée pour atteindre l’Hourquette d’Ossoue que je ne vois absolument pas…

 

Interdiction de glisser ici… ou là !

 

 

La neige est « soft » comme disait l’autre, des crampons auraient étés de bon augure, mais mes bâtons de marche m’empêchent fort heureusement les glissades. Ils s’avèrent ici indispensables et très sécurisants.

 

Avec l’altitude, ce sont ne sont plus des névés qu’il faut traverser, mais de véritables champs neigeux. J’estime alors la couche de neige entre 30 et 40cm, grâce aux bâtons qui s’enfoncent ou encore à mes jambes qui prennent parfois la température jusqu’aux genoux.

Et comme je n’avais pas prévu autant de neige, je n’avais pas de guêtres, mmh c’est bon la neige qui rentre dans les chaussures jusqu’à la plante des pieds… c’est froid, mais je chauffe tellement qu’elle se met à la température de mes pieds en quelques secondes seulement… bref je suis trempé, d’autant que la bruine provenant du brouillard s’est transformée en neige également. Pourtant, c’est supportable, il ne fait pas si froid, 5°C peut-être ? Peu importe, c’est convenable.

 

Après quelques gros efforts lors de cette montée, j’atteins finalement cette Hourquette d’Ossoue… enfin j’imagine que c’est cela, vu l’endroit, et vu l’altitude indiquée par mon GPS (2738m contre 2734m sur la carte IGN). Voici le gros cairn pris en photo, admirez cette vue...

 

16-La Hourquette d'Ossoue

 

Et puis, j’avais envisagé, imaginé (!), d’aller au Petit Vignemale… mais je n’abuserai pas vu le chemin très peu engageant que je dois prendre… et surtout satisfait d’avoir déjà atteint ce point que j’avais un peu abandonné peu de temps avant…

 

17-vers le Petit Vignemale

 

Bon, j’y suis… et c’est l’heure de la pause déj… mais l’envie de quitter cet endroit est plus importante que l’envie de manger. Non pas le froid qui règne, car je reste immobile, et le vent commence à me glacer les sangs, mais plutôt la crainte infondée que la neige tombante recouvre les traces des pas… aucune probabilité, il faudrait qu’il neige plus pour cela, mais c’est plus fort que moi, je ne peux pas rester. La redescente débute alors.

 

Un peu difficile au début car la dénivelée est importante, et le risque de glissade a augmenté. Cette descente s’avère assez rapide ensuite, je n’ai qu’à suivre mes propres traces de pas, tout en évitant de glisser, l’attention redouble !!

 

Soulagement, je retrouve ensuite le sentier, sans neige, et la tension retombe !! Je croise alors d’autres randonneurs (quasiment au même endroit où j’avais croisé les anglais) qui veulent rejoindre le refuge de Baysselance, situé peu après l’Hourquette d’Ossoue, en contrebas. Je leur fait alors part de mes observations sur ce qui les attend plus haut…

 

Je rejoins ensuite le refuge des Oulettes de Gaube, le glacier du massif s’est quelque peu découvert, mais cache le sommet du Vignemale, photo.

 

18-massif du Vignemale

 

Retour au parking du Pont d’Espagne, un peu long… mais heureux d’être monté là-haut sur la montagne.

 

 

Conclusion :

 

Ouah, quelle aventure !

Ce récit ferait sûrement sourire de vrais montagnards, pour qui cela aurait été sans nul doute facile. Mais ce fût ma première expérience solo de haute montagne.

Cette rando qui débutait mal par des paysages gâchés à cause du brouillard s’est finalement transformée en une véritable épreuve qui m’a (un peu) inquiété, qui m’a fait douter, et qui m’a permis de me surpasser mentalement et physiquement aussi. Je ne me suis pas lancé non plus inconsciemment dans cet itinéraire. Malgré le brouillard, malgré les 30cm de couche de neige, malgré la neige tombant, mes autres indicateurs me l’ont permis.

 

What a satisfaction !

 

Si vous lisez cette ligne, c’est que je n’ai pas été trop ennuyeux, et je vous remercie sincèrement de votre lecture.

 

Post Scriptum : vu de nombreuses marmottes, et toujours pas la queue d’un isard… c’est comme qui dirait… étonnant !!

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Published by JazzOn - dans Rando
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